Définition de la décroissance
Posté le mercredi 18 avril 2007
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Dé-finition de la décroissance
D’après « Recherche et Décroissance »
Nous parlons de « dé-finition » pour préciser que nous nous situons encore à un stade évolutif de la définition de ce concept.
De manière générale la décroissance se définit comme l’état de ce qui décroît : une diminution.
Plus spécifiquement, la décroissance se présente en deux volets :
1- Comme slogan remettant en cause le consensus pour la croissance (économique entre autre).
Il s’agit alors d’un « mot-obus » pour défier, entre autre, l’économisme, la marchandisation de la nature et des rapports humains, et le croissancisme, c’est à dire la croyance que toute économie doit augmenter la valeur de ses échanges et productions pour éviter la crise ou le désastre. Le but est aujourd’hui de lancer un débat de société.
2- Comme processus concrets en direction d’une société soutenable (juste et écologique…). C’est ce deuxième volet qui est développé ici.
La décroissance comme processus concrets et volontaires vers une société soutenable.
La décroissance représente une multitude de démarches individuelles (simplicité volontaire) et collectives basées sur une réduction :
de l’appropriation directe, ou par l’intermédiaire de produits ou services, de ressources
naturelles dont matières, énergies et espaces (décroissance physique),
de la capacité d’appropriation de ressources naturelles (décroissance économique). Il est trop
risqué qu’une capacité d’appropriation des ressources se transforme en une appropriation
effective sous la forme d’un « effet rebond ».
En tant que projet politique (au sens large) la décroissance se décline aux niveaux individuels, locaux, régionaux (…) et mondiaux, elle se comprend alors dans le même temps comme soutenable, équilibrée, démocratique, conviviale, écologique, sociale, positive, culturelle, équitable, innovante, diversifiée, ciblée, locale, globale et transitoire…
Détaillons :
soutenable (supportable). La croissance dans un monde fini nous conduit, soit à des crises ou
effondrements généraux, soit à un « féodalisme moderne » avec une minorité privilégiée de plus en
plus infime continuant à « croître » en se protégeant des crises, des dégâts environnementaux et de
la majorité miséreuse. L’idée de cette décroissance soutenable voulue est de nous épargner de ces
récessions ou décroissances insoutenables subies, en sauvegardant les droits humains et les
écosystèmes.
équilibrée (en proportions harmonieuses). Pour éviter les crises et pour que personne ne soit
exclu, trois processus doivent se combiner simultanément : réduction de la consommation (du
« vouloir d’achat »), réduction de la production et partage (du travail notamment).
démocratique (pouvoir à tous les humains). La réorganisation à différents niveaux de la société et
le partage requièrent davantage de démocratie : plus participative et directe.
conviviale (prenant en compte l’intérêt d’autrui autant que le sien), écologique (respect des
écosystèmes), sociale (respect entre humains), positive, culturelle (…) La décroissance physique et
économique doit laisser la place à de nombreuses autres croissances (qualitatives en grande partie) :
des relations désintéressées, du temps pour soi et pour les autres, de l’équité, de services publics
minimaux, de la santé, des droits humains, du droit des femmes et des minorités, de la nonviolence,
de la chaleur humaine, de la nature, de la sécurité, de l’art, de la perception de ce qui nous
environne, de la poésie, de l’empathie et ceci dans une grande variété...
équitable (du latin oequitas, égalité). Elle s’applique en premier lieu aux 20% favorisés de ce
monde principalement basés dans les pays industrialisés, mais concerne tout le monde lorsqu’il
s’agit de « décoloniser l’imaginaire » lié aux modèles consuméristes et productivistes. Il s’agit d’une
décroissance différenciée de façon à tendre vers une société plus juste dans les pays industrialisés et
mondialement.
innovante (introduisant des nouveautés). Il s’agit d’une remise en cause de la situation actuelle
(faite notamment d’autoroutes et des centrales nucléaires...), afin de vivre une moindre
consommation de ressources. L’innovation intègre alors la notion de limite, plutôt que de tenter de
s’en soustraire. Les innovations peuvent faire l’objet de débats démocratiques et être refusées si
elles font fi de limites éthiques ou écologiques (OGM, nucléaire, armements, nanotechnologies,
clonage etc…).
diversifiée. Le but de la décroissance est d’atteindre une société soutenable où chaque mode de vie
est unique tout en étant potentiellement généralisable. L’urgence et la gravité des problèmes écosociaux
impliquent des démarches à portée et échéance diverses. La diversité se comprend aussi en
terme de croyances ou non-croyances idéologiques ou spirituelles sans qu’aucune ne soit mise en
avant.
ciblée. Elle n’implique pas une décroissance à tous les niveaux pris séparément : les alternatives
soutenables (par exemple agriculture bio, énergies renouvelables ou transport soutenables (vélos,
transports en commun ...)) doivent croître, mais en créant une réduction plus importante des
portions non-soutenables de l’économie (ex : agriculture chimique, énergies nucléaires ou fossiles,
transport automobile ou aérien…).
locale et globale. Elle est basée sur des économies de proximité ouvertes (« néo-localisme ») mais
se comprend à un niveau global. A ce titre une décroissance locale qui entraîne une croissance
ailleurs ou dans le futur n’est pas une décroissance.
transitoire. Elle constitue une étape jusqu’à une société soutenable, juste, durable écologiquement,
démocratique, participative, répondant aux besoins humains, localisée, d’une grande diversité
culturelle, écologique et ethnique en chaque lieu, globale, ouverte, et dont la capacité
d’appropriation des ressources naturelles s’est stabilisée à un niveau viable permettant leur
renouvellement. Cette société soutenable constitue une « utopie réalisable sans cesse renouvelée »
dont les caractéristiques précises se réajustent au fur et à mesure.
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